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Beslan - La Cité des Anges
Écrit par Marek Mogilewicz   
27-08-2014

Beslan - La Cité des Anges

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Bonheur pour tous – dessin des enfants de Beslan
 
Fragments du livre à paraître prochainement.
 
Auteur, Marek Mogilewicz a été l'initiateur et le chef du projet humanitaire pour les enfants de Beslan, victimes d'une prise d'otages sanglante dans cette petite ville du sud de la République de la Fédération de Russie entre le 1er et 3 septembre 2004. Il s'est rendu sur place peu après la tragédie. Son livre est le récit de cette expérience qui a bouleversé sa vie, comme celle des milliers des personnes. Il en résulte un hymne à l'espoir et à la solidarité, bien plus que la recherche du sensationnel, comme trop souvent on peut le trouver dans telles circonstances. Ce livre est un formidable message de vie et d'optimisme pour tous, que l'on absorbe comme une véritable nourriture spirituelle.
 
A Nino, Izolda, Liza, Diana, Aliona, Sanieta, Elina Dz, Elina N., Anna, Alina, Jakline, Atsamaz, Batraz Dz., Batraz Tch., Alan K, Alan Ts., Soslan, Inal, Timour, Artur, Fatima, Svetlana, Marina, à leurs familles et à toutes les personnes de bonne volonté qui m'ont fait confiance.
 
Il faisait beau ce matin-là. Comme chaque jour, en me levant, je me suis approché de la fenêtre pour voir le Grand Lac. Ce tableau de Bocion que j'ai eu le privilège de voir se repeindre devant ma fenêtre de la chambre sous le toit d'une maison cossue de la rue de Rive. Ce bonheur d'être émerveillé chaque jour, en me remémorant l'œuvre du peintre aperçue un jour au musée de Vevey. La nature m'offrait chaque jour des tableaux féeriques et celui de ce matin-là respirait le bonheur paisible. Je me préparais pour partir au travail en écoutant la radio. À l'heure de nouvelles, une information inquiétante a troublé ce moment de bonheur paisible. La voix radiophoniquement neutre annoncé une prise d'otages, quelque part en Russie. Dans une localité, dont jusqu'alors j'ignorais l'existence. L'information était peu précise, au conditionnel, elle parlait d'environ deux cents personnes, dont les enfants. Les enfants ? Le lot de malheurs que déversent chaque jour les médias du monde entier a anesthésié déjà passablement les cœurs les plus sensibles, même le mien. Mais les enfants pris en otage ? °Le monde devient complétement fou, mes pensées ont été envahies par cette idée ignoble de se servir des enfants, comme ultime blessure que l'on peut infliger dans les guerres d'adultes me répugnait au plus profond de mon esprit. À ce moment-là, je ne savais pas encore que la réalité était encore plus atroce et qu'elle allait changer profondément ma vie. C’en était fini de ma matinée paisible. Je me suis mis à chercher plus d'informations, télévision, Internet. Frénétiquement je changeais des sources et des langues pour en savoir un peu plus. Les nouvelles devenaient de plus en plus inquiétantes. Le nombre d'otages grossissait à chaque bulletin d'information ou de désinformation, selon comment il fallait l'interpréter. Il devenait de plus en plus certain qu'il s'agissait d'une prise en otage d'une école et que les preneurs d'otages étaient probablement Tchétchènes ou Ingouches. C'était le jour de la rentrée de classes en Russie. Justement, la rentrée des classes dans le canton de Vaud a eu lieu déjà depuis une semaine. La direction de l'école de commerce m'a confié depuis trois ans une activité interdisciplinaire sur un sujet de société. Je devais me rendre au collège pour choisir avec mes étudiants le thème que nous allions traiter lors de notre travail de cette année, comme chacune des années précédentes. Mais cette date est restée gravée à jamais dans ma mémoire. C'était le premier septembre 2004.

 
L'avion se posa sur la piste. J'ai regardé dehors, comme pour me convaincre moi-même que vraiment j'ai réussi à arriver enfin presque au but. L'inquiétude était mélangée à la curiosité. Le désir d'atteindre enfin ceux que nous voulions aider et l'espoir que tout va se dérouler comme prévu étaient contrés par les pensées plus prosaïques - il faut que je puisse rencontrer la ministre, il faut que je puisse la convaincre de la sincérité de nos intentions. Pourrai-je rencontrer les victimes ? Je sors ma caméra. Une irrésistible envie d'enregistrer les images que j'ai devant moi ou plus précisément, le désir de figer mes sentiments, de, comme on dit par les clichés, arrêter le temps. Mais ce n'est pas un cliché de l'écrivain en herbe. C'était vraiment un désir d'arrêter le temps et transmettre un témoignage. C'est aujourd'hui, dix ans plus tard que je sais donner le sens à ces mots et ses sensations. Les phrases les plus banales prennent un sens profond grâce aux forces inouïes des circonstances dans lesquelles elles sont nées. Je filme, directement sur le tarmac devant l'avion. J'aperçois dans le viseur de ma caméra les soldats postés sur le toit du petit aéroport. Un véhicule blindé à côté de ce bâtiment donne aussi l'impression d'une tension palpable. Je dicte quelques mots à ma caméra, seul témoin de ce que je suis en train de vivre. Quelques soldats jaillissent devant moi. "Il est interdit de filmer ici !, Nie lzia ! Ils sont nerveux et je comprends qu'il faut rapidement me soumettre à leurs ordres. Nous roulons dans la vieille Volga et le mystérieux homme à côté de moi me jette des regards, comme pour me sonder. Le silence est pesant. Tout un coup il me lance une question. Voulez-vous que nous nous arrêtions au cimetière ? C'est sur la route. Oui, je veux bien, je réponds. Peu de temps après, nous nous arrêtons. Nous sortons de la voiture et traversons la route pour nous retrouver devant l'innommable. Le cimetière, ou plutôt une vaste étendue à côté du cimetière était constituée de tombes. Toutes récentes. D'habitude, les cimetières ont des tombes anciennes, moins anciennes et quelques tombes récentes, mais la que les tombes encore toutes fraîches. Ce nombre inhabituel de tombes est le premier indicateur de la tragédie. Puis, les plus nombreuses sont les tombes d'enfants. Quand les enfants ensevelissent leurs parents, c'est un jour triste, mais il est normal dans le cours de nos vies, nous sommes tous mortels, mais quand c'est les parents qui doivent ensevelir leurs enfants et dans un tel nombre, et dans de telles circonstances, c'est une blessure de l'âme de toute l'humanité. Ce cimetière n'est pas seulement le cimetière des enfants de la ville de Beslan. C'est le cimetière de toute la famille humaine. Nous avons enseveli dans cet endroit nos valeurs fondamentales. Depuis les millénaires l'humanité s'est forgé les principes sacrés de ce que les philosophes appellent la spiritualité, la morale, le respect. Même envers nos ennemies. Et là devant moi, je vois le cimetière de notre "humanitude". Même les animaux ne sont pas porteurs d'une telle cruauté que ceux qui ont commis ces horreurs. Sur les tombes je vois beaucoup de fleurs et partout des bouteilles d'eau. Les terroristes ont privé d'eau et de nourriture les otages pendant trois jours. Trois jours, c'est le temps ultime que nous pouvons vivre sans boire. Mes sentiments sont confus. Ma tête éclate. Mais je comprends clairement pourquoi je suis là. Cette tragédie n'est pas une tragédie d'une ville ossète, cette tragédie est une tragédie de toute l'humanité, moi y compris et vous aussi. Ici gisent les principes fondamentaux de notre humanité. Nous devons tout faire pour les défendre. Nous devons nous sauver de la barbarie qui essaie de détruire l'essence de notre existence. Je ne suis pas la pour aider les malheureuses familles de victimes d'un acte terroriste, je suis là pour m'aider à vivre en essayant de croire encore à ce qui reste en nous de l'humain.
Dernière mise à jour : ( 27-08-2014 )
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